Garanties 7 min · 2026-06-08

Bail commercial : qui assure quoi entre locataire et bailleur ?

Murs ou contenu, incendie ou dégât des eaux : qui assure quoi dans un bail commercial ? Le guide pour éviter les zones grises.

Le principe général : chacun assure ce qu'il possède

Le principe de base, posé par l'article 1733 du Code civil et confirmé par la jurisprudence : chacun assure ce qu'il possède.

  • Le bailleur assure le bâtiment (murs, toiture, structure) — c'est l'assurance « propriétaire non occupant » (PNO) ou « propriétaire bailleur ».
  • Le locataire assure le contenu (mobilier, marchandises, matériel professionnel) et sa responsabilité civile professionnelle.

Cette répartition n'est cependant pas figée : la clause d'assurance du bail peut imposer au locataire d'assurer également les murs (« bail tous risques »). Lisez votre bail attentivement avant signature.

Les obligations d'assurance du locataire commercial

Le locataire commercial est tenu, en pratique, de souscrire au minimum :

  • Une responsabilité civile locative : couvre les dommages causés au local par sa faute (incendie, dégât des eaux, explosion). C'est l'obligation minimale légale (article 7 g de la loi du 6 juillet 1989 pour habitation, pratique étendue au commercial).
  • Une multirisque pro : couvre le contenu, la perte d'exploitation, et la RC pro.
  • Une RC pro spécifique à son activité.

Le bailleur peut demander une attestation d'assurance chaque année. C'est une pratique courante et légitime. Refuser de la fournir peut constituer un manquement contractuel.

La clause de renonciation à recours : un piège fréquent

De nombreux baux commerciaux contiennent une clause de renonciation réciproque à recours. Cela signifie qu'en cas de sinistre, les parties (et leurs assureurs respectifs) s'engagent à ne pas se retourner l'une contre l'autre.

Concrètement :

  • Si le locataire cause un incendie qui détruit le local, le bailleur ne pourra pas se retourner contre lui ;
  • L'assureur du bailleur indemnise les murs sans recours ;
  • L'assureur du locataire indemnise le contenu.

Attention : cette clause de renonciation doit être connue de votre assureur. Sinon, votre assureur peut refuser l'indemnisation en arguant que vous avez renoncé à un recours dont vous ne lui aviez pas parlé. Mentionnez-la explicitement à la souscription.

Les pièges à éviter en bail commercial

5 pièges qui reviennent régulièrement :

  1. Bail tous risques où le locataire assure aussi les murs : vérifiez si c'est imposé par le bail. Cela augmente significativement le coût (+30 à 50 %).
  2. Sous-assurance du contenu : le locataire évalue son matériel à 50 000 € mais le contenu réel est de 120 000 €. En cas de sinistre, application de la règle proportionnelle — réduction de l'indemnisation à hauteur du ratio sous-assuré.
  3. Absence de garantie perte d'exploitation : un local sinistré ne génère plus de revenus. Sans cette garantie, vous payez les charges sans CA pendant les travaux.
  4. Oubli des locaux annexes : entrepôt, parking, dépendances. Vérifiez que tous sont couverts dans la déclaration.
  5. Non-déclaration des modifications : aménagement, agrandissement, changement d'activité dans le local. Toute modification doit être déclarée à l'assureur sous peine de déchéance.

Conseil : à la signature du bail, demandez à votre assureur de relire la clause d'assurance. Coût : 0 €. Évite 90 % des litiges ultérieurs.

Questions fréquentes

Qui doit assurer les murs d'un local commercial, le locataire ou le bailleur ?
En principe, le bailleur assure le bâtiment (murs, toiture, structure) via une assurance propriétaire non occupant (PNO), et le locataire assure le contenu et sa responsabilité. Mais la clause d'assurance du bail peut imposer au locataire d'assurer aussi les murs (« bail tous risques »). Lisez votre bail avant de signer.
Le locataire commercial est-il obligé de s'assurer ?
Oui, en pratique. Le locataire doit souscrire au minimum une responsabilité civile locative (dommages causés au local par sa faute : incendie, dégât des eaux, explosion). À cela s'ajoutent généralement une multirisque professionnelle pour le contenu et la perte d'exploitation, ainsi qu'une RC pro liée à l'activité.
Le bailleur peut-il demander une attestation d'assurance chaque année ?
Oui, c'est une pratique courante et légitime. Le bailleur peut exiger une attestation d'assurance annuelle pour vérifier la couverture du locataire. Refuser de la fournir peut constituer un manquement contractuel susceptible d'être sanctionné.
Qu'est-ce qu'une clause de renonciation à recours dans un bail commercial ?
C'est une clause par laquelle locataire et bailleur (et leurs assureurs) s'engagent à ne pas se retourner l'un contre l'autre en cas de sinistre. Chacun se fait indemniser par son propre assureur. Attention : cette clause doit être déclarée à votre assureur à la souscription, sinon il peut refuser l'indemnisation.
Qu'est-ce que la règle proportionnelle en cas de sous-assurance ?
Si vous déclarez un contenu de 50 000 € alors qu'il vaut réellement 120 000 €, l'assureur applique la règle proportionnelle : l'indemnisation est réduite au prorata du montant sous-assuré. Évaluez précisément votre matériel et vos marchandises pour éviter une indemnisation amputée.
Faut-il déclarer les travaux ou le changement d'activité dans le local ?
Oui, impérativement. Tout aménagement, agrandissement ou changement d'activité dans le local doit être déclaré à l'assureur. À défaut, vous risquez la déchéance de garantie : l'assureur peut refuser d'indemniser un sinistre lié à une situation non déclarée.

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